Allocution de Mgr Jonas DEMBELE, Président de la Conférence Episcopale du Mali, évêque de Kayes, à l’occasion de la visite de la Directrice Régionale de CRS au Mali, 24 juin 2019.

Allocution de Mgr Jonas DEMBELE, Président de la Conférence Episcopale du Mali, évêque de Kayes, à l’occasion de la visite de la Directrice Régionale de CRS au Mali, 24 juin 2019.

Madame la Directrice Régionale de Catholic Relief Services au Mali (CRS-Mali), Monsieur le Représentant Résident de CRS-Mali, Mesdames et Messieurs, La paix soit avec vous ! Je suis heureux d’être parmi vous en ce jour, à l’occasion de la visite de la Directrice Régionale de CRS au Mali. Je voudrais tout d’abord remercier. Merci pour l’invitation à cet événement. Elle nous donne l’occasion de nous rencontrer comme membre de la même famille. Je remercie la Directrice Régionale de CRS au Mali, qui a daigné fouler de ses pieds le sol malien à un moment où la situation sécuritaire au Mali se dégrade de jour en jour. Votre visite témoigne de l’amour que vous avez pour les personnes en situation de précarité. Que Dieu vous le rende en grâce. Que Dieu qui a conduit vos pas jusqu’à nous, les conduisent à votre retour et que vous arriviez chez vous saine et sauve. Mon fraternel et cordial merci au Résident Représentant de CRS-Mali pour son esprit doux et déférent, il n’a épargné aucun effort pour qu’un évêque de notre Conférence Episcopale puisse vous adresser un mot. Que Dieu lui accorde les grâces dont il a le plus besoin pour être au service des plus vulnérables. Merci à vous toutes, merci à vous tous, experts et/ou professionnels en développement humain intégral, agents de CRS-Mali qui oeuvrez pour le développement de l’homme et de tout l’homme. Que Dieu vous accorde la sagesse et l’intelligence nécessaire pour un travail qui porte des fruits qui demeurent. Madame la Directrice Régionale, Au nom de l’église du Mali et au mien propre, je remercie CRS pour sa contribution au diocèse de Mopti, profondément touché par la dégradation sécuritaire du centre du pays les attaques récurrentes qui occasionnent de nombreuses pertes en vies humaines. Aussi, l’Eglise remercie le soutien de CRS dans la mise en œuvre du Plan Stratégique 2018-2023 de Caritas Mali et du Programme Opérationnel 2018-2020 du Plan Stratégique. Mesdames et Messieurs, Je tiens à vous die combien j’apprécie cette occasion de pouvoir être avec vous pour nous rappeler notre commune mission. Pour ce faire, permettez moi de vous donner quelques communications sur la Caritas. Le Pape François a déclaré que Caritas est « une partie essentielle de l’Eglise. Caritas c’est l’Eglise ».  

  1. L’Identité de Caritas

Caritas c’est l’Eglise. Elle prend sa source dans l’Eglise. Elle est l’expression de la Charité de l’Eglise Catholique. Elle est un élément constitutif, une partie intégrante de la pastorale d’ensemble qui comprend :

  • la pastorale prophétique
  • la pastorale liturgique
  • la pastorale sociale

Caritas, pour l’Eglise au Mali, c’est la pastorale sociale qui s’occupe de l’aspect témoignage de la charité de l’Eglise Catholique. Elle plonge ses racines dans notre option pastorale, qui est : une Eglise Communion Fraternelle au Service de l’Evangile. Les Evêques du Mali en ont fait une Commission de la Conférence Episcopale placée sous la responsabilité d’un évêque. Le travail de la Commission Pastorale Sociale prend en charge tous les besoins des populations maliennes en matière de :

  • développement humain intégral
  • éthique humanitaire.

C’est pourquoi, la Caritas, qu’elle soit nationale ou diocésaine est toujours sous l’entière responsabilité des Evêques. C’est pourquoi aussi pour l’Eglise Catholique et pour les Evêques du Mali, il n’y a qu’une seule Caritas dans le pays travaillant en conformité avec les principes et valeurs fondamentaux de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Les Caritas des Eglises sœurs présentes au Mali, portant la dénomination « CARITAS »ou portant des noms équivalents comme CRS, ont l’obligation, selon le Motu Proprio « Intima Ecclesiae Natura »(sur le service de la charité) du Pape Benoit XVI, d’avoir un accord de représentation dans le pays signé en bonne et due forme par la Conférence Episcopale. Sinon, la Conférence Episcopale ne reconnaît pas la structure comme faisant partie de l’Eglise quand bien même celle-ci mène de bonnes actions pour le bien-être des populations.

  1. La Gouvernance et l’organisation

L’Evêque est le premier responsable d’une charité organisé dans le diocèse. Il est le premier répondant dans le diocèse, de l’ensemble des actions de la Charité menées au nom de l’Eglise Catholique par la Caritas, par d’autres structures ou par des partenaires sœurs de l’Eglise. Il est appuyé dans cette charge par des instances politiques et des structures opérationnelles qui lui rendent compte. Pour une meilleure gouvernance de l’organisation, Caritas – Mali est en train de relie tous ses documents statutaires, les procédures de gestions administrative, comptable et financière, les Normes de Gestion de Caritas Internationalis et le tout en conformité avec les orientations de Caritas Internationalis.

  1. L’organisation de la Charité

La Charité doit être organisée. Une Charité non organisée ne porte pas de fruits. Elle ne peut pas faire un bon témoignage. Les structures de Caritas, intervenant dans le diocèse au no de la Charité du Christ doivent travailler de façon complémentaire en s’entre-aidant mutuellement et non dans un esprit de concurrence et éviter aussi les redondances.

  1. Le personnel travaillant dans la Caritas

La Doctrine Sociale de l’Eglise attend du personnel travaillant au sein de Caritas deux types de formation, deux valeurs :

  • la formation professionnelle ;
  • la formation du cœur ;
  • les Normes de gestion de Caritas Internationnalis.

Pour l’image de l’Eglise Catholique, pour un bon témoignage de la Charité du Christ et pour la crédibilité de la Charité, le personnel de Caritas doit avoir suffisamment de compétence pour faire de façon professionnelle le travail à lui confié. On doit pouvoir mesurer la qualité de ses productions et la rapidité des ses actions dans l’atteinte des résultats attendus. Parce que Caritas doit être une référence dans l’efficacité et l’efficience de ses actions. Cela nécessite une formation professionnelle. Le personnel de Caritas doit aussi avoir une formation de cœur. Les seules compétences professionnelles n’arrivent pas à résoudre tous les besoins de l’homme et surtout sur les questions de la dignité humaine. C’est la formation du cœur qui peut donner des réponses plus satisfaisantes à ces questions ; et la formation du cœur doit être soutenue par les prières et la formation biblique, les recollections et l’eucharistie. A propos, lors de la messe d’ouverture de la XXIème Assemblée Générale de Caritas Internationalis sur le thème « Une famille humaine, une maison commune »,le Pape François a dit : « les personnes avant les programmes. Avec le regard humble de celui qui sait chercher dans les autres la présence de Dieu, qui n’habite pas dans la grandeur de ce que nous faisons, mais dans la petitesse des pauvres que nous rencontrons ».

  1. Le partenariat

Le pape Jean Paul II disait : «  le développement des peuples dépend surtout de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille qui collabore dans une communion véritable… ». Les évêques du Mali encouragent le partenariat dans le développement des actions de la charité du Christ au Mali. Dans ce sens, ils encouragent les rencontres de concertation, les foras entre structures partenaires pour un travail plus concerté dans l’aide apportée au nom de l’Eglise Catholique aux populations maliennes dans le besoin. Ils encouragent vivement l’appui des partenaires financiers en Eglise au renforcement des capacités aux structures de Caritas Mali. Cependant, ce partenariat doit se faire dans le respect du code de déontologie qui décrit les valeurs et principes organisationnels en matière de partenariat, de subsidiarité, de participation, d’autonomisation, d’édition des comptes, etc. Les Evêques souhaitent par la même occasion, que les structures catholiques de Charité qui interviennent dans le pays aux côtés de Caritas Mali interviennent légalement. Elles doivent obtenir l’accord de l’autorité ecclésiastique nationale compétente et se consulter auprès de la Caritas nationale avant d’établir une représentation dans le pays.

  1. Quelques attentes de l’Eglise vis-à-vis de CRS

La Conférence Episcopale du Mali invite CRS-Mali à accompagner l’Eglise Communion Fraternelle au Mali dans la compréhension et l’appropriation de la notion de l’entreprise sociale et l’investissement à impact social pour la promotion du développement humain intégral. La Conférence Episcopale du Mali ; encourage CRS à appuyer Caritas Mali qui s’apprête à conduire un appel d’urgence 2019 (EA/2019 de Caritas Mali) auprès de Caritas Internationalis pour venir en aide aux nombreuses populations victimes dans les régions touchées pas l’insécurité grandissante, la dégradation constante de la vie sociale et économique. La Conférence Episcopale du Mali sollicite l’appui de CRS dans le domaine de la Justice et de la Paix. Caritas s’organise progressivement à relancer le service de justice et paix au niveau national et dans l’ensemble des six coordinations diocésaines. Enfin, je termine mon propos par cette citation de Saint Jean Paul II : « L’Eglise sait qu’aucune réalisation temporelle ne s’identifie avec le Royaume de Dieu, mais que toutes les réalisations ne font que refléter et, en un sens, anticiper la gloire du Royaume que nous attendons à la fin l’Histoire, lorsque le Seigneur reviendra. Mais cette attente ne pourra jamais justifier que l’on se désintéresse des hommes dans leur situation personnelle concrète et dans leur vie sociale, nationale et internationale, parce que celle-ci maintenant surtout conditionne celle-là. Même dans l’imperfection et le provisoire, rien ne sera perdu ni ne sera vain de ce que l’o peut et l’on doit accomplir par l’effort solidaire de tous et par la grâce divine à un certain moment de l’Histoire pour rendre « plus humain » la vie des hommes ».(Jean Paul II, Sollicitudo Rei socialis N° 48) dans Paroles d’Evêques page 214. Je prie le Seigneur pour qu’il nous aide, chacun, à avoir la claire vision de ce qu’il doit faire et la force pour l’accomplir. Je vous remercie de votre aimable attention.   Mgr Jonas DEMBELE, évêque de Kayes, Président de la Conférence Episcopale du Mali